Oiseaux

Texte de Didier Sénécal, ornithologue bagueur pour le Centre de Recherche sur la Biologie des Populations d’Oiseaux C.R.B.P.O.

Du point de vue des oiseaux, le marais de Larchant est tout simplement le plus riche d’Île-de-France. Dans les huit départements de notre région, aucun site ne réunit à ce point les trois conditions nécessaires à l’avifaune (population d’oiseaux) : une superficie de 123  hectares d’un seul tenant, d’importantes ressources alimentaires, et surtout une grande tranquillité, puisque la chasse n’y est pas pratiquée et que la présence humaine est réduite au minimum.

L’intérêt ornithologique du marais est connu depuis fort longtemps, et au fil des années de nombreux naturalistes ont contribué à l’établissement d’inventaires. Cette petite présentation s’appuie principalement sur le suivi régulier que j’assure depuis 2001, et met bien sûr l’accent sur les espèces les plus rares ou les plus spectaculaires.

Au printemps , des nicheurs remarquables s’installent dans les roselières et les saulaies. Un couple de BusardS des roseaux se reproduit tous les ans avec succès, avec en général deux jeunes à l’envol. Il en est de même pour une espèce de héron assez rare, le Blongios nain, qui exploite efficacement les populations de gardons. Citons également le Fuligule milouin, le Râle d’eau et des fauvettes aquatiques comme la Rousserolle effarvatte et la Bouscarle de Cetti. Mais l’événement de ces dix dernières années est à coup sûr le premier cas de nidification pour l’Île-de-France du Héron pourpré : un couple de cette espèce plutôt méridionale s’est installé en mai 2008 et a donné deux jeunes à l’envol au début du mois d’août.

Si les hérons profitent de l’abondance de poissons, les nuées d’insectes qui s’élèvent au-dessus de l’eau attirent les oiseaux des forêts et des villages avoisinants. Le Faucon hobereau vient chasser criquets, sauterelles et libellules, et il arrive d’en voir une dizaine ensemble durant les belles journées de fin mai ou début juin.

La Bondrée apivore, un rapace spécialisé dans les guêpes et les frelons, patrouille quotidiennement au-dessus des digues. Les Guêpiers d’Europe recherchent eux aussi les gros insectes, tandis que les plus petits sont la proie des bandes de Martinets noirs et des trois espèces d’Hirondelles.

Guêpier d'Europe, Faucon hobereau et Bondrée apivore

Guêpier d’Europe, Faucon hobereau, Bondrée apivore

Au cours de la migration d’automne, le marais de Larchant constitue une escale appréciée sur la route qui conduit les oiseaux du nord vers la Méditerranée ou l’Afrique. En août et septembre, des milliers d’hirondelles, de rousserolles, de fauvettes et de pouillots se reposent et se restaurent quelques jours avant de continuer leur long voyage. En octobre, les Rougegorges familiers, les Merles noirs, les grives, les roitelets prennent le relais. D’autres espèces de plus grande taille fréquentent elles aussi assidûment cette étape, comme le Balbuzard pêcheur, la Grande aigrette et certains canards.

Balbuzard pêcheur, toitelet huppé, hirondelle rustique et grande aigrette

Balbuzard pêcheur, Hirondelle rustique, Roitelet huppé, Grande Aigrette

En hiver, le marais est loin d’être déserté. Le passereau le plus intéressant est alors le Tarin des aulnes, originaire de Scandinavie ou de Russie, et qui, comme son nom l’indique, trouve sa pitance dans les belles aulnaies de Larchant. La Sarcelle d’hiver passe la mauvaise saison dans les saulaies inondées, tandis qu’un ou deux Butors étoilés pêchent en bordure des roselières. Des visiteurs encore plus rares sont parfois notés, comme le Hibou des marais, la Pie-grièche grise ou la Panure à moustaches.

Et la liste ne s’arrête pas là. Rien que depuis 2006, on peut citer la Cigogne blanche, l’Autour des palombes, le Faucon kobez, le Faucon pélerin, la Grue cendrée, la Huppe fasciée, le Torcol fourmilier ou le minuscule Pouillot à grands sourcils, venu de la lointaine Sibérie. C’est une des caractéristiques de Larchant : dans cette zone humide si accueillante pour les oiseaux, les rencontres les plus inattendues sont possibles.

Pie grièche, Grue cendrée, Sarcelle d'hiver, Tarin des aulnes, Hibou des marais, Butor étoilé.jpg

Pie-grièche grise, Grues cendrées, Sarcelle d’hiver, Tarin des aulnes, Hibou des marais, Butor étoilé