16 ans de suivi ornithlogique

Didier Sénécal

INTRODUCTION

Remerciements

 Au printemps 2001, j’ai été accueilli au marais de Larchant par Sybille Friedel, qui m’a autorisé à y effectuer des visites régulières. Depuis lors, la famille de Moustier m’a laissé entièrement libre d’installer une station de baguage dans sa propriété et d’y poser des nichoirs. Je lui suis très reconnaissant de son hospitalité.

Les données rassemblées dans cet article seraient moins complètes sans les observations de Rémy Baradez, Olivier Labbaye, Pascal et Rémi Malignat, Bruno Armand, Virginie Péron, Antoine Millet et Frédéric de Lachaise. Par ailleurs, les richesses du marais ont attiré bien des naturalistes depuis le début du XXe siècle, et j’ai souvent comparé mes résultats à ceux des ornithologues qui m’ont précédé, en particulier Jean Lasnier (première moitié du XXe siècle) et Jean-Philippe Siblet (du milieu des années 1970 au début des années 1990).

Nature du suivi

Une grande partie des données provient de séances d’observation classiques, des nombreuses nuits passées sur place, des comptages Wetlands de la mi-janvier, etc. Pendant toutes ces années, l’accent a été mis sur la recherche d’indices de nidification certaine.

A partir du printemps 2007, les tournées régulières et les recensements se sont doublés de sessions de baguage. Plusieurs programmes ont été mis en œuvre sous l’égide du CRBPO : STOC-Capture en mai-juin, migration postnuptiale de début août à début novembre (PHENO), ainsi que deux programmes personnels menés dans le massif de Fontainebleau et en forêt d’Orléans, portant sur l’Engoulevent d’Europe et la Chouette hulotte.

A ce jour, un peu plus de 14000 individus ont été capturés, ce qui a permis d’affiner la connaissance des oiseaux du marais, et même de détecter des passereaux qui seraient sinon passés inaperçus, tels la Locustelle luscinioïde, l’Hypolaïs ictérine, le Pouillot à grands sourcils ou le Sizerin flammé.

La troisième partie de cette synthèse présentera le marais sous un jour particulier : celui d’étape migratoire entre le nord-est de l’Europe et les zones d’hivernages méditerranéennes et africaines. Les contrôles d’oiseaux déjà bagués permettent en effet de replacer la réserve naturelle régionale de Larchant dans un gigantesque mouvement de populations qui, comme nous le verrons, conduit de la Scandinavie et du nord de l’Angleterre aux vallées espagnoles et aux rivages portugais.

 

PREMIÈRE PARTIE : PRÉSENTATION DU MARAIS

Un site remarquable

Formé par un ancien méandre du Loing, le marais peut être décrit comme une cuvette située à 65 mètres d’altitude et surplombée au nord, à l’ouest et au sud par des pentes boisées qui s’élèvent jusqu’à environ 120 mètres. La forêt s’étend également à l’est, sans rupture de niveau cette fois-ci. Il a longtemps bénéficié du statut de réserve naturelle volontaire avant de devenir une réserve naturelle régionale.

La RNR du marais de Larchant couvre 123 hectares, mais toute étude ornithologique doit tenir compte des prairies, des bâtiments et des parcelles de forêt mitoyennes, car pour de nombreuses espèces inféodées à d’autres milieux, la réserve constitue un territoire de chasse occasionnel ou régulier ; citons par exemple le Faucon hobereau, le Guêpier d’Europe, les hirondelles, le Pouillot véloce ou le Verdier d’Europe.

Larchant est le plus beau marais d’Ile-de-France, le plus riche également, du moins quand il est en eau. On sait grâce aux moines de Saint-Mathurin que depuis le Moyen Age le niveau d’eau subit des variations cycliques de grande ampleur. L’alimentation est en effet très originale : pas de cours d’eau, pas même un simple ru, très peu de ruissellements, mais une imprégnation par en dessous. Le marais correspond à la surface de la nappe phréatique : quand celle-ci se gonfle, la réserve est inondée ; quand son volume se réduit, la réserve s’assèche. Un phénomène que l’on retrouve à un peu plus de 10 kilomètre de là, dans les mares de la plaine de Chanfroy, bien connues des naturalistes franciliens.

Pour donner une idée de la durée de ces cycles, je prendrai mon cas personnel. Après les basses eaux du milieu des années 1990, j’ai eu la chance d’arriver à un moment où roselières et saulaies étaient inondées, et de connaître neuf années fastes (2001-2009). Ensuite, le marais s’est rapidement vidé, pour atteindre un point bas en 2012 et 2013. Depuis lors, une remontée du niveau s’est amorcée, et les migrateurs prestigieux recommencent à pointer le bout de leur bec.

L’amplitude entre les deux points extrêmes, 2007 et 2013, est de l’ordre de 1,50 mètre. Un écart spectaculaire : entre 2004 et 2007, j’évitais d’emprunter certaines digues car l’eau passait par-dessus la tige de mes bottes ; en 2012 et 2013, je traversais à pied sec des canaux pourtant surcreusés. C’est pourquoi la présentation de l’avifaune doit être divisée en deux tableaux différents.

Hautes eaux

La famille la plus remarquable est sans conteste celle des Ardéidés, avec des nicheurs aussi prestigieux que le Héron pourpré (premier cas de reproduction en Ile-de-France avec deux jeunes à l’envol en 2008) et le Blongios nain (2007, 2008 et 2009). Notons également l’hivernage régulier d’un ou deux Butors étoilés et l’afflux de trente Hérons cendrés et d’autant de Grandes Aigrettes durant l’hiver 2008-2009.

Si les canards plongeurs ne trouvent pas une profondeur d’eau suffisante (à l’exception des Fuligules milouins), les canards de surface présentent des effectifs importants, en particulier les Chipeaux et les Sarcelles d’hiver.

Quand il est en eau, le marais attire également de nombreux rapaces : Faucons hobereaux amateurs de libellules, Balbuzards et surtout le Busard des roseaux, nicheur de 2001 à 2011.

Si la Rousserolle effarvatte est la seule fauvette paludicole abondante, d’autres nichent les années fastes comme la Bouscarle de Cetti, tandis que le Phragmite des joncs et la Gorgebleue donnent parfois de faux espoirs à l’ornithologue…

Basses eaux

La baisse du niveau d’eau a bien entendu des conséquences désastreuses pour les oiseaux qui viennent d’être énumérés. D’autres espèces, qui nichaient en périphérie mais qui s’aventuraient rarement dans ce monde aquatique, colonisent alors saulaies, aulnaies et bétulaies ; citons le Rossignol, la Fauvette grisette, le Pipit des arbres, l’Accenteur mouchet, puis le Tarier pâtre, la Pie-grièche écorcheur ou encore le Faucon crécerelle. Certains secteurs très particuliers deviennent attractifs pour la Locustelle tachetée et la Rousserolle verderolle.

Bouscarle de cetti, Rousserole, Accenteyr mouchet, Héron pourpré

Bouscarle de Cetti, Rousserole verderolle, Accenteur mouchet, Héron pourpré

Après deux années de vaches maigres (2012 et 2013), après une timide amélioration en 2014, il semble que 2015 et 2016 marquent le début d’un nouveau cycle ascendant. Les canaux se remplissent, des mares se forment ici et là, les Foulques n’hésitent plus à construire leurs nids flottants, et les grands absents refont des apparitions, tels le Balbuzard, le Héron pourpré ou la Bouscarle de Cetti. Un peu de patience, et bientôt la réserve méritera de nouveau le nom de marais.

DEUXIÈME PARTIE : LISTE SYSTÉMATIQUE

En seize ans, 166 espèces ont été observées. Parmi elles, 76 ont niché à l’intérieur de la réserve ou dans sa périphérie immédiate (quelques dizaines de mètres).

Plutôt que de présenter les résultats du baguage sous forme de tableau, il m’a semblé préférable d’ajouter au bas de chaque notule le nombre de captures effectuées. Il va de soi que certaines espèces sont plus difficiles que d’autres à capturer : les « gros oiseaux » sont sous-représentés, car le filet japonais ne leur convient pas, et les fringilles répondent beaucoup moins bien à la repasse de leur chant que les Turdidés ou les Sylviidés. Néanmoins ces chiffres donneront une idée des hôtes habituels du marais pendant la saison de reproduction, en migration ou en hivernage.

TROISIÈME PARTIE : LARCHANT, ÉTAPE MIGRATOIRE

Depuis 2007, 14008 oiseaux ont été capturés au marais de Larchant. Les neuf dixièmes sont des migrateurs qui y ont fait une escale entre début août et début novembre. Il faut imaginer des oiseaux qui viennent de traverser les zones agricoles et urbanisées de la région parisienne, puis la forêt de Fontainebleau, en s’orientant grâce aux étoiles. Soudain, alors que la nuit tire à sa fin, ils voient miroiter la surface des canaux et des secteurs inondés, et ils descendent avec l’espoir de trouver le vivre et le couvert. Des magnétophones repassant leurs chants et des filets japonais les y attendent…

En août, l’accent est mis sur les fauvettes aquatiques et en particulier sur la Rousserolle effarvatte. Le mois de septembre est largement dominé par la Fauvette à tête noire. Octobre est le mois des turdidés (Rougegorge, Merle noir, Grive musicienne), de l’Accenteur mouchet et, certaines années, du Roitelet huppé. La dernière espèce à passer en nombre est la Grive mauvis, mais elle ne se laisse pas facilement capturer.

L’un des objectifs essentiels des bagueurs est d’obtenir des contrôles, autrement dit de recapturer des oiseaux déjà bagués. Dans l’immense majorité des cas, il s’agit d’autocontrôles : des oiseaux bagués au marais de Larchant y sont de nouveau capturés ; ils fournissent ainsi des informations précieuses, mais n’apportent pas grand-chose à la connaissance des routes migratoires. Certaines bagues, en revanche, témoignent d’un déplacement notable, voire d’un voyage au long cours.

Pour dresser la carte présentée ici, je n’ai pas tenu compte des rapports entre le marais et des localités de Seine-et-Marne ou de l’Essonne. Seuls les régions françaises plus lointaines et les pays étrangers ont été retenus afin de replacer Larchant dans le gigantesque flux d’automne orienté du nord-est vers le sud-ouest.

carte-europe-v4

Liste des contrôles effectués à Larchant composant la carte.

Bibliographie utilisée afin de réaliser ce rapport